Accueilli en résidence au Château de Voltaire (Ferney-Voltaire) et à la Chartreuse (Villeneuve-lez-Avignon), l’auteur dramatique Sacha Todorov a poursuivi l’écriture de la pièce de théâtre Cornelia, militante malgré elle. Pour la Villa Gillet, partenaire de la résidence, il revient sur cette expérience.
Résidence au château
Résidant ce printemps au château de Voltaire,
J’étais intimidé. J’avais peur de mal faire.
Le Patriarche étend son ombre sur la ville,
On aperçoit partout son sourire tranquille :
Théâtres, restaurants et centres commerciaux,
Tout célèbre son œuvre et son nom. Mais si haut
Qu’il soit au Firmament de la Littérature,
Il m’a bien accueilli. Loin du bruit des voitures,
Son château encerclé par les montagnes blanches
Est un havre de paix, de simplicité franche.
Il m’a fait découvrir des aspects méconnus
De sa vie — pauvre enfant victime des abus
Sexuels des Jésuites ; de son œuvre aussi :
Qui sait que c’était un végétarien — si, si ?
Qui sait qu’il a écrit des pièces militantes
Dénonçant la souffrance animale ? Étonnante
Aussi est sa correspondance, où Voltaire s’avère
Être un metteur en scène exigeant et sévère,
Et, malgré la distance, un confrère en théâtre.
Je suis venu pour ça : écrire du théâtre.
Une pièce inspirée des combats des Lumières,
D’hier et d’aujourd’hui. J’attire la lumière
Sur celui d’une peintre, aussi scientifique,
Dont les tableaux sont absolument magnifiques,
Tout en donnant à voir des choses inquiétantes :
Ces insectes si beaux, aux couleurs éclatantes,
Qui vivent à nos pieds, et que nous ignorons,
Pourquoi présentent-ils des déformations ?
À ça, pas de réponse. Il faudrait enquêter.
(Comme disait le vieux : Sapere aude !)
Son nom est Cornelia Hesse–Honegger, et
Pour écrire ma pièce, il faut la rencontrer.
Puisqu’elle habite en Suisse et que, comme Voltaire,
Nous pouvons aisément traverser la frontière,
Je profite de ma résidence à Ferney
Pour lui rendre visite, et l’inviter : elle est
Très généreuse de son temps et de son art,
Qu’elle vient présenter un soir au Châtelard
(La médiathèque de Ferney, bien dirigée
Par Mathilde Tellier — qu’elle en soit remerciée,
Elle qui fait revivre avec simplicité
Cette vieille vertu qu’est l’hospitalité !).
J’invite également Daniel de Roulet, qui
Habite la région, et représente aussi
À mes yeux cet esprit bien vivant des Lumières :
Qui règne sur nos vies ? Pourquoi ? Sur quels critères ?
Les échanges sont beaux, vifs et enrichissants.
Bref, tout s’est bien passé, je suis reconnaissant !
J’ai eu beaucoup de chance, et c’est bien de le dire.
(Quant à la pièce que j’ai fini par écrire,
Cornelia ou la militante malgré elle
Ce n’est pas à moi de vous dire qu’elle est belle,
Donc je préfère ne vous dire qu’une chose :
Et c’est — rassurez-vous — qu’elle est écrite en prose.)



Accueilli en résidence au Château de Voltaire (Ferney-Voltaire) et à la Chartreuse (Villeneuve-lez-Avignon), l’auteur dramatique Sacha Todorov a poursuivi l’écriture de la pièce de théâtre Cornelia, militante malgré elle. Pour la Villa Gillet, partenaire de la résidence, il revient sur cette expérience.
Résidence au château
Résidant ce printemps au château de Voltaire,
J’étais intimidé. J’avais peur de mal faire.
Le Patriarche étend son ombre sur la ville,
On aperçoit partout son sourire tranquille :
Théâtres, restaurants et centres commerciaux,
Tout célèbre son œuvre et son nom. Mais si haut
Qu’il soit au Firmament de la Littérature,
Il m’a bien accueilli. Loin du bruit des voitures,
Son château encerclé par les montagnes blanches
Est un havre de paix, de simplicité franche.
Il m’a fait découvrir des aspects méconnus
De sa vie — pauvre enfant victime des abus
Sexuels des Jésuites ; de son œuvre aussi :
Qui sait que c’était un végétarien — si, si ?
Qui sait qu’il a écrit des pièces militantes
Dénonçant la souffrance animale ? Étonnante
Aussi est sa correspondance, où Voltaire s’avère
Être un metteur en scène exigeant et sévère,
Et, malgré la distance, un confrère en théâtre.
Je suis venu pour ça : écrire du théâtre.
Une pièce inspirée des combats des Lumières,
D’hier et d’aujourd’hui. J’attire la lumière
Sur celui d’une peintre, aussi scientifique,
Dont les tableaux sont absolument magnifiques,
Tout en donnant à voir des choses inquiétantes :
Ces insectes si beaux, aux couleurs éclatantes,
Qui vivent à nos pieds, et que nous ignorons,
Pourquoi présentent-ils des déformations ?
À ça, pas de réponse. Il faudrait enquêter.
(Comme disait le vieux : Sapere aude !)
Son nom est Cornelia Hesse–Honegger, et
Pour écrire ma pièce, il faut la rencontrer.
Puisqu’elle habite en Suisse et que, comme Voltaire,
Nous pouvons aisément traverser la frontière,
Je profite de ma résidence à Ferney
Pour lui rendre visite, et l’inviter : elle est
Très généreuse de son temps et de son art,
Qu’elle vient présenter un soir au Châtelard
(La médiathèque de Ferney, bien dirigée
Par Mathilde Tellier — qu’elle en soit remerciée,
Elle qui fait revivre avec simplicité
Cette vieille vertu qu’est l’hospitalité !).
J’invite également Daniel de Roulet, qui
Habite la région, et représente aussi
À mes yeux cet esprit bien vivant des Lumières :
Qui règne sur nos vies ? Pourquoi ? Sur quels critères ?
Les échanges sont beaux, vifs et enrichissants.
Bref, tout s’est bien passé, je suis reconnaissant !
J’ai eu beaucoup de chance, et c’est bien de le dire.
(Quant à la pièce que j’ai fini par écrire,
Cornelia ou la militante malgré elle
Ce n’est pas à moi de vous dire qu’elle est belle,
Donc je préfère ne vous dire qu’une chose :
Et c’est — rassurez-vous — qu’elle est écrite en prose.)