LES PUBLICATIONS

Le Siècle juif

Yuri Slezkine La Découverte - 2009 traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Saint-Upéry
Le Siècle juif

« L’âge moderne est l’âge des Juifs, et le XXe siècle est le siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. […] En d’autres termes, la modernité c’est que nous sommes tous devenus Juifs. » C’est par ces lignes et cette affirmation forte et paradoxale que s’ouvre ce livre magistral et hors du commun. À l’appui de cette thèse, l'historien Yuri Slezkine montre qu’il existe, dans la plupart des civilisations traditionnelles, une opposition structurale mais flexible entre, d’un côté, une majorité de paysans et guerriers « apolliniens » et, de l’autre, une minorité de « nomades fonctionnels » vulnérables et persécutés, les « mercuriens ». 

Tout comme les Chinois d’outre-mer en Asie, les Arméniens dans l’empire ottoman, les Parsis et les Jains dans le sous-continent indien, les Juifs sont les dignes descendants de Mercure, « le patron des transgresseurs de règles, des passeurs de frontières et des intermédiaires ; le protecteur des individus qui vivent de leur agilité d’esprit, de leurs talents et de leur art. » Et, tout comme pour ces autres groupes d’entrepreneurs, de lettrés et   d’« étrangers professionnels », leurs succès réels ou sup-posés leur ont attiré une jalousie parfois mortelle. 
Avec le XXe siècle, le capitalisme commercial et industriel, « ouvre les carrières aux talents », tandis que le nationa-lisme transforme à son tour tous les peuples en « peuple élu », en tribu sacralisée convaincue de son destin singulier. Les Juifs deviennent les modernes par excellence, à l’avant-garde de la modernité sous toutes ses formes. Et, de fait, les grandes « Terres promises » et d’émigration du peuple de Moïse au XXe siècle furent l’Amérique capitaliste et libérale, d'un côté, et Israël, « le plus  excentrique des nationalismes ». 
Mais on oublie souvent qu’un des sites de l’apothéose juive fut la Russie soviétique, grand réservoir d’utopie et de promotion sociale pour les Juifs. Mobilisant la démographie et la sociologie historique autant que l’analyse littéraire, l’auteur montre que les Juifs ont largement contribué à l’édification de l’URSS, avant que la machine stalinienne ne se retourne contre eux aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Car la modernité fut tout à la fois une apothéose et une tragédie pour le peuple juif. Pour Slezkine, en effet, l’antisémitisme moderne et la Shoah sont en quelque sorte le corollaire anthropologique paradoxal du « devenir juif » de la société tout entière.
 Couronné par plusieurs prix,  dont le National Jewish Book Award et le Prix du meilleur livre universitaire sur la religion de l’Association des éditeurs américains, The Jewish Century a été aussitôt reconnu aux États-Unis comme un vérita-ble chef-d’œuvre . Salué par des personnalités telles que Walter Laqueur :  « Tomber sur une œuvre aussi audacieuse, originale et panoramique en cet âge de spécialisation étroite n’est pas seulement un heureux évènement ; c’est presque une sensation. » ou Jan T. Gross : « Le livre de Yuri Slezkine est tout à la fois très personnel et très érudit. Mélange d’histoire politique et culturelle du plus haut niveau, il s’agit d’une œuvre splendide et merveilleusement bien écrite. Un véritable accomplissement par un maître historien ». 

en savoir plus